PROTEGER L'ENVIRONNEMENT EN ECONOMISANT L'ENERGIE : LA CEE-ONU RELEVE UN NOUVEAU DEFI
14 fevrier 1997
Premier effort commun pour limiter la consommation excessive
d'énergie en Europe
"Les économies d'énergie commencent à jouer un rôle de plus en plus important dans
les pays d'Europe occidentale, où les possibilités de réduire les émissions liées à la
consommation d'énergie par le biais de techniques dites 'de rattrapage' classiques ont
largement été épuisées. En Europe occidentale, jusqu'à 25 % des émissions de soufre
peuvent être éliminés grâce à des mesures d'économie d'énergie et une modification des
parts relatives des combustibles utilisés", souligne M. Kaj Bärlund, directeur de la Division
de l'environnement et de l'habitat de la Commission économique des Nations Unies pour
l'Europe (CEE-ONU).
"Dans les pays d'Europe centrale et orientale, y compris l'ex-Union soviétique, cette
proportion avoisinerait 50 %", affirme M. K. Bärlund. Dans ces deux régions, les coûts de
réduction des émissions sont généralement beaucoup plus faibles qu'en Europe occidentale,
parce que les pays d'Europe centrale et orientale utilisent de grandes quantités de charbon
de qualité inférieure et parce que bon nombre des techniques et appareils employés ont un
rendement énergétique beaucoup plus faible que ceux des pays d'Europe occidentale. Dans
le cas du dioxyde de carbone, les économies d'énergie et le remplacement des combustibles
actuels sont pratiquement les seules solutions disponibles pour atténuer les émissions.
Afin de mettre pleinement à profit les possibilités qu'offrent les économies d'énergie
de limiter les effets nocifs pour l'environnement, il est urgent de procéder à une évaluation
conjointe des politiques en matière d'énergie et d'environnement. Pour relever ce défi,
le Comité des politiques de l'environnement de la CEE-ONU a décidé récemment à Genève
d'élaborer un livre blanc et des principes directeurs sur les économies d'énergie en Europe.
Le livre blanc s'inspirera des meilleures données d'expérience accumulées dans la région en
ce qui concerne l'amélioration des économies d'énergie, ainsi que des résultats des
monographies qui seront entreprises dans un certain nombre de pays en transition d'Europe
orientale. Il donnera un aperçu des potentiels d'économie et des moyens d'action
envisageables, y compris les évaluations environnementales. Les principes directeurs
aideront les gouvernements des pays membres à formuler des stratégies et orientations
nationales en vue de promouvoir une coopération internationale pour atteindre un niveau
élevé d'efficacité énergétique dans tous les pays européens d'ici l'an 2010.
Cette entreprise de la CEE-ONU est le premier grand projet international concernant
l'énergie qui sera mené conjointement par des experts de l'énergie et de l'environnement
désignés par les gouvernements dans une perspective intersectorielle à long terme. Cette
initiative recueille le plein appui du Gouvernement danois qui, avec la CEE-ONU, a pris la
direction de la coordination de l'activité des experts. Une large participation est envisagée,
notamment un concours du Comité de l'énergie de la CEE au titre du projet "Efficacité
énergétique 2000" et une coopération avec d'autres programmes internationaux pertinents.
L'Agence internationale de l'énergie sise à Paris et les secrétariats de la Convention-cadre
des Nations Unies sur les changements climatiques et du Traité relatif à la Charte
européenne de l'énergie seront étroitement associés à ce processus. La nouvelle initiative
devrait faciliter la mise en oeuvre du Protocole concernant l'efficacité énergétique du Traité
relatif à la Charte européenne de l'énergie, lorsque ce protocole aura été ratifié. Le livre
blanc et les principes directeurs sur les économies d'énergie en Europe seront présentés à
la quatrième conférence ministérielle "Un environnement pour l'Europe" qui doit se tenir
à Aarhus (Danemark) en juin 1998.
Les principes directeurs viseront à coordonner les objectifs concernant
l'environnement et l'énergie et à inciter l'ensemble des pays européens à adopter une
approche cohérente de l'exécution des engagements environnementaux dont ils doivent
s'acquitter dans le domaine de l'énergie. Ils auront également pour objet de rationaliser,
classer par ordre de priorité et renforcer les nombreuses activités internationales disparates
entreprises dans le domaine des économies d'énergie en Europe, ainsi que de stimuler la
coopération interentreprises et les investissements privés Est-Ouest et Est-Est en matière
d'économie d'énergie dans les pays en transition.
Cette action concertée nouvelle sur les économies d'énergie en Europe est essentielle
parce que le secteur de l'énergie est la principale source d'émission de gaz à effet de serre
responsables des changements climatiques ainsi que d'autres polluants nocifs.
La consommation de carburants et combustibles dégage des émissions de dioxyde de
soufre, d'oxydes d'azote, de composés organiques volatils, et de particules y compris des
poussières, ainsi que de métaux et de radionucléides. Le dioxyde de soufre et les oxydes
d'azote provoquent des pluies acides et une dégradation des écosystèmes naturels à longue
distance. Avec les matières particulaires, ils nuisent à la qualité de l'air à l'échelon local. Les
oxydes d'azote et les composés organiques volatils contribuent également à la menace que
le "smog" (brouillard enfumé) fait peser sur la santé humaine et la vie végétale.
En 1990, la consommation de combustibles dans l'ensemble de l'Europe a produit
quelque 30 % des émissions globales de dioxyde de carbone (CO2), environ 25 % des
émissions globales de dioxyde de soufre et près de 20 % des émissions globales d'oxydes
d'azote. Les tendances de la consommation de carburants et combustibles en Europe sont
d'une grande importance pour évaluer l'état futur de l'environnement sur le continent et à
l'échelle mondiale.
Selon les projections actuelles, la demande d'énergie primaire pourrait augmenter
de 17 % dans l'ensemble de l'Europe, entre 1993 et 2010. En Europe occidentale, cet
accroissement pourrait atteindre 20 % et en Europe centrale et orientale, y compris
l'ex-Union soviétique, il se chiffrerait à 14 %. Cette évolution se traduirait par une
augmentation générale de 16 % des émissions de dioxyde de carbone en Europe durant la
même période et pourrait mettre en cause les objectifs de stabilisation des émissions
envisagés aux termes de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements
climatiques.
Les tendances de la consommation d'énergie ont des incidences profondes sur les
niveaux prévisibles des émissions d'autres polluants atmosphériques en Europe. Les plans
actuels de réduction s'inscrivant dans le cadre de la Convention sur la pollution
atmosphérique transfrontière à longue distance de la CEE-ONU et de ses protocoles reflètent
les intentions politiques des Parties européennes d'obtenir, d'ici l'an 2010, une réduction
de 40 % des émissions générales de soufre et une réduction de 19 % des émissions
générales d'oxydes d'azote par rapport aux niveaux de 1990. Les négociations en cours aux
termes de cette Convention devraient conduire à des engagements encore plus ambitieux
en matière de réduction des émissions d'oxydes d'azote en Europe. D'autre part, si les plans
actuels de réduction n'étaient pas menés à bien, les émissions d'oxydes d'azote
augmenteraient de 3,6 % tandis que les émissions de soufre pourraient ne diminuer que
de 16 % en Europe durant la même période.
Une série d'études entreprises dans le cadre de la CEE-ONU prouve que les mesures
d'économie d'énergie sont les solutions les moins coûteuses pour lutter contre les émissions
de polluants atmosphériques. Outre qu'elles réduisent la pollution atmosphérique, les
économies d'énergie ont d'ailleurs d'autres effets positifs sur l'environnement : elles
contribuent à prévenir la pollution de l'eau, à éviter les perturbations des habitats naturels
et à minimiser la production de déchets et le risque d'accidents industriels.